
Les pieds sur l’asphalte la tête dans les collines
Et plus exactement aux Escalèdes face à la Source des Trois Bœufs.
C’est un coteau perché et abrupt. Un passage frais et broussailleux y conduit, sentier de terre qui dévoile par endroits sa calade. La pierre resplendit dans un entrefilet de soleil, ou s’assombrit toute moussue, aux abords des bassins construits sur le ruisseau que le chemin remonte. Sur le vernis d’une jeune feuille, un scintillement, un autre là-bas, rive opposée, sur la roche.
Les Escalèdes
Les Escalèdes forment la partie Nord-Ouest du bassin versant de ce ruisseau. Une colline travaillée de restanques en amphithéâtre, avec en leur centre, qui zigzague d’un niveau à l’autre, le pas de l’âne doux et régulier pour la bête et pour l’homme. Des amandiers, des figuiers, un sorbier, des asphodèles, des nigelles de Damas et d’anciens oliviers qui ont partiellement gelé en 56, d’autres plus jeunes.
Le terrain
Un terrain qui nous livre son histoire : trente ans que l’oliveraie n’est plus entretenue. Assise sur un banc d’énormes pierres blanches, douces et tièdes sous la main, j’imagine pour débroussailler des chèvres gourmandes et alertes. Ainsi devait être l’homme dont la veste et le chapeau sont suspendus au cabanon, un chasseur… cueilleur ? Il a dû venir avec cette 403 camionnette qui, un jour, n’a pas pu remonter la pente.
L’accès
Un accès carrossable mène au terrain mais cette ancienne calade aux drains bien agencés est en piteux état. L’ouvrage a été défiguré par un bétonnage costaud, et la calade aux pierres transversales savamment agencées est toute chamboulée. Impossible de passer avec un petit véhicule sur cette piste chaotique. Les pierres de la calade se sont délitées et beaucoup sont parties, la pluie creusant de larges cuvettes.
Tout dans ce vallon a été pensé pour conduire l’eau au ruisseau…
Tout à imaginer, ici
En espace boisé classé ce terrain est disponible à l’achat. Personnellement je serais tentée, mais que faire à 66 ans sur un terrain aussi escarpé et avec autant de travail ? Pourrait-il devenir un bien commun ? Être mis à la disposition d’une personne intéressée à y vivre une partie de l’année ? Monter une équipe de jardineuses et jardineurs de cet hectare d’oliviers ? Combiner les trois propositions ?
Tout est à imaginer, les pieds dans la colline la tête dans les étoiles.
Danielle Dorel